« C'est de l'escroquerie » : l'enquête de la RTBF sur l'École IT de Bruxelles
Quatre minutes au journal télévisé belge sur une école qui recrutait des étudiants africains à 7 500 € l'année. Ce que le reportage ne peut pas dire.
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Voilà ! j’ai eu mon quart d’heure warholien - mes quelques instants d’une relative célébrité !
Après un été à militer pour faire la lumière sur la faillite de l’école IT (au cas où vous auriez échappé à mes posts sur le sujet : cette école belge avec trois campus en France a déposé le bilan au beau milieu de l’été laissant étudiants, enseignants et membres du personnel dans une situation très inconfortable) - Nous voici au journal télévisé de la télévision publique belge, la RTBF !
Le reportage met le doigt là où ça fait mal, c’est clair et rigoureux, la journaliste Sofia Cotsoglou a fait un boulot remarquable et y a consacré un long travail d’investigation.
Mais quatre minutes, même si c’est long, très long pour une antenne de télévision, ça reste bien court à l’échelle d’un dossier touffu - ce reportage pose toutefois bien les questions qui fâchent.
Sommes-nous face à une escroquerie ? Y a-t-il eu intention frauduleuse ?
Personnellement, j’en suis bien sûr convaincu : j’ai reçu un bon de commande un mois avant l’annonce du dépôt de bilan, un bon de commande que l’école savait ne pas pouvoir payer.
Intimement, j’en suis persuadé par les dizaines de témoignages d’étudiants africains reçus.
En découlent beaucoup d’autres questions, au premier rang d’entre elles - celle de l’impunité : nous avons deux dirigeants qui sont confortablement installés dans les beaux quartiers de Bruxelles et engrangent les bénéfices de leurs supermarchés - pendant que des jeunes angoissent pour leurs visas. Ces dirigeants seront-ils un jour inquiétés ?
Et quid du directeur à l’international dont la journaliste rapporte le “cynisme” - il est d’autre part juge consulaire et prodiguait il y a peu des conseils sur son blog pour piloter une procédure judiciaire et protéger ses biens personnels. Combien lui ont rapporté les inscriptions d’étudiants africains ?
On peut s’en faire une idée en regardant les dettes déclarées sur la plateforme belge Regsol (l’équivalent de notre greffe du tribunal de commerce, transparence en plus) - Le monsieur Afrique de l’école y déclare une créance de près de 100 000 euros. Impossible de savoir exactement à quelle période ce montant correspond mais clairement ça explique son enthousiasme à encourager les étudiants africains à l’exil !
Si c’est ce que l’école lui doit pour 2026 l’école, reste à savoir combien il a facturé les années précédentes, quand l’école pouvait payer ? Il est présent depuis la création de l’école il y a cinq ans - si le montant déclaré sur Regsol correspond à 2026, nous en serions à un montant compris entre 300 000 et 500 000 euros.
Aujourd’hui notre “cher” directeur international est toujours motivé pour recaser les étudiants, il leur a écrit pour leur proposer une école à Strasbourg et une journée portes-ouvertes dans une école de langues à Bruxelles.
Accessoirement il continue, en leur écrivant, de traiter des données personnelles, les mails et les données scolaires des étudiants collectés par une structure sur laquelle il n’a aucun droit … puisqu’en liquidation.
Est-ce que quelqu’un en a quelque chose à faire du RGPD ?
Alors on pourrait se dire que c’est un fâcheux fait divers et qu’il s’agit d’un cas isolé dans le ciel bleu de l’enseignement supérieur privé ?
Malheureusement non, 17 dépôts de bilan recensés partout en France en 2026 selon 75 secondes, plus de cinquante écoles et CFA en difficulté selon le rapport IGAS/IGESR ; une horde d’écoles moribondes qui ne doivent leur salut qu’à l’omerta de mise dans le secteur. Le cas de l’école IT n’est pas un épiphénomène, un cas isolé, ou une brebis galeuse, mais un spécimen qui concentre un grand nombre des travers de certains établissements privés. Dans ce contexte tendu économiquement - les écoles qui tentent de faire correctement leur travail sont exsangues, attaquées frontalement par une concurrence qui vend du rêve et devant supporter l’image que ces cas donnent du secteur.
Alors oui, elles sont “privées” mais sous perfusion d’argent public : locaux dans des zones à loyer encadré - financement de l’apprentissage, CPF, France Travail …
Tous les indicateurs sont au rouge, la Cour des comptes klaxonne, mais que fait le législateur ? la puissance publique ?
L’enquête de la RTBF (se connecter pour voir la vidéo)
