Referanssement naturelle est-ce naturel de referencer-les fautes d'orthographes
Des mots-clés semés avec des fautes volontaires pour capter les requêtes ratées. Ce que Google en fait vraiment, et pourquoi la recherche vocale change la question.
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Je m’étonnais l’autre jour de trouver, en regardant des pages du site web d’un client optimisées pour le référencement naturel par des confrères il y a quelque temps, ce que l’on nomme pudiquement des « variantes de graphie ». C’est-à-dire des mots clefs insérés ici et là avec des fôtes d’ortograffe ! Pour essayer de cibler, bien sûr, les prospects qui se ratent dans la saisie de leur terme de recherche. Ou peut-être aussi pour tenter d’influer sur le calcul de densité du mot en question, et flirter avec les limites de la suroptimisation… qui sait ?
Qui sait d’ailleurs comment les moteurs d’indexation prennent en compte les différentes variantes orthographiques ? En français il existe souvent pour un même son une quantité de graphies incroyablement vaste, et donc un nombre de variantes phonétiquement acceptables parfois énorme. Ci-dessous, une conférence des excellents Hoedt et Piron qui aborde, entre autres, cette question.
Quatre façons d’écrire le même mot
Quelquefois pire encore pour le référenceur, il existe de nombreuses variantes acceptées. C’est le cas, pour rester dans la question du référencement naturel, des mots-clefs eux-mêmes. Le terme « mot-clef » en français peut s’écrire mot-clé, mot clef ou mot-clef, soit quatre possibilités généralement admises.
Dans un texte traditionnel, pour un article, dans un bouquin ou une lettre à sa grand-mère, la recommandation d’usage est de choisir une de ces formes et de la garder tout au long du texte. Ce n’est pas forcément le choix opéré par ceux qui écrivent pour le référencement, et qui tentent de couvrir chacune des options.
Le refuge de l’anglais
Face à cette confusion, certains choisissent alors de se positionner sur d’autres termes, d’autres variantes. Comme l’on s’adresse souvent à des prospects qui viennent du marketing, on va la faire en anglais pour simplifier les choses. Ainsi on retrouve les keywords, qui rapidement s’agglomèrent avec des termes anglophones que parfois d’ailleurs seuls les Français utilisent !
Nous vous proposerons à l’issue des séances de brainstorming un draft de wording intégrant l’ensemble de vos keywords. Après un process de team optimisation, l’équipe de coding l’implémentera onpage pendant que la task force netlinking mettra en place la roadmap pour les actions offpage.
Je force un peu le trait, mais pas tant que ça ! En plus de vingt ans de pratique, si vous saviez le nombre de fois où j’ai lu ou entendu de telles horreurs !
Ce genre de pratique est, je crois, pour certains un refuge où l’on se cache pour éviter de se prendre les pieds dans la graphie du français. Dans les mails, je retrouve souvent par exemple « Je te phone » ou « On se fait un call demain », et cette tournure devient extrêmement fréquente. Je suis persuadé que si ces tournures se généralisent, c’est à cause de ce petit pervers de verbe « appeler » : infinitif deux « p » un « l », futur « je t’appellerai » avec un « l » de plus… ajoutez le participe passé qu’il faut reconnaître, et cerise sur le gâteau, appeler s’utilise avec l’auxiliaire avoir… dont l’accord avec le complément d’objet direct, vous savez… du coup ça finit par « j’ai eu un call avec Machin » !
Ce que Google en fait
Côté Google, pour en revenir au référencement naturel, il est théoriquement notre ami et va tenter de nous aider. Ainsi, si je cherche « Référanssement naturelle », il détecte qu’il y a comme un souci et me propose la version qui lui semble correcte.
Google a donc rectifié « Référanssement » en « référencement ». L’adjectif « naturel », lui, est utilisé dans une forme qui existe — « naturelle » au féminin — donc il nous le laisse tel quel, avec la faute d’accord.
Si j’insiste, si je veux persister dans l’erreur, je peux cliquer sur la forme fautive et découvrir les résultats jugés légitimes pour cette forme. Bien sûr, il y en a beaucoup moins qui contiennent cette orthographe. Et curieusement, l’affichage publicitaire de Google Ads ne tient aucun compte de mon insistance à chercher la faute, et continue d’afficher des publicités pour des agences de SEO. Logique : la régie publicitaire intègre ce qu’elle nomme les requêtes larges, c’est-à-dire intégrant d’autorité les formes fautives.
Si l’on tente l’expérience avec un terme comme « porte-phenaitre », là aussi le moteur de recherche va nous proposer une correction pas tout à fait exacte : « fenetre », sans son accent circonflexe.
Alors, quel intérêt ?
Quel intérêt ont ces expériences pour le référencement naturel, me direz-vous ? Eh bien à peu près aucun ! En effet, Google, encore une fois, fait ce qu’il veut. Parfois l’on indique que l’indexation pourrait être pénalisée par un site présentant une orthographe trop défaillante ; visiblement, quand on voit l’orthographe de pages très bien positionnées, il est permis d’en douter.
Le seul élément pertinent qui apparaît lors de ces tests est le lien entre l’orthographe et la recherche vocale, sujet sur lequel beaucoup ont écrit. Clairement, lorsque l’utilisateur dicte sa recherche, il a beaucoup moins de chances de faire des fautes de frappe. Mais du coup il va exprimer des recherches plus longues, comportant plus de mots. D’une part parce qu’il est plus facile de dicter que de saisir, mais surtout parce qu’il est nécessaire, pour que la reconnaissance vocale fonctionne, de lui donner un contexte.
On en revient à l’aspect linguistique : en français, homophonie, homographie et homonymie sont monnaie courante. Pour que la reconnaissance vocale fonctionne correctement, il est donc souvent nécessaire de lui donner un contexte, donc une phrase relativement longue. Bien sûr, ceci a un effet sur la manière dont les gens recherchent, mais aussi un impact sur la manière dont les chargés de référencement travaillent.
La recherche vocale a vocation à se généraliser ; les utilisateurs vont donc « naturellement » s’habituer à formuler les recherches ainsi, sous forme de questions et en écartant les ambiguïtés. Gageons que rapidement, les linguistes constateront que ce mode d’expression se propage au langage courant, au dialogue entre les humains.
