Rédigé par Maurice, relu par Maxime Fauquemberg
Formation réseau : monter un lab avec EVE-NG, GNS3 ou Containerlab
Monter un lab réseau pour une formation : EVE-NG après la fin de la Community, GNS3, Containerlab, Docker Compose. Ce que chacun demande aux stagiaires.
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Une formation réseau se joue sur le lab : c’est là que le stagiaire casse un lien, voit la convergence se faire ou ne pas se faire, et comprend ce que le schéma au tableau ne montrait pas. La maquette de la formation QoS tourne en Docker Compose ; le dernier lab monté l’a été sous EVE-NG. Entre les deux, le choix de l’outil change moins ce qu’on enseigne que ce qu’on exige des stagiaires avant la première manipulation.
Ce qu’un lab réseau doit tenir en formation
En salle, les critères ne sont pas ceux d’un ingénieur qui prépare une certification seul chez lui :
- ce qu’il faut installer sur le poste du stagiaire — rien, un client, une machine virtuelle ou Docker ;
- d’où viennent les images des routeurs et commutateurs, et sous quelle licence ;
- les ressources disponibles : labs prêts à importer, modèles d’équipements, documentation — ce qui évite de tout construire soi-même ;
- la reproductibilité : remettre tout le groupe au même point de départ en une commande, ou en vingt minutes de clics ;
- la lecture visuelle de la topologie, qui compte pour un public qui découvre le réseau et beaucoup moins pour un public qui l’administre déjà.
EVE-NG : une machine virtuelle par stagiaire, ou un serveur pour le groupe
EVE-NG se présente comme une machine virtuelle — sous VMware Workstation, Player ou ESXi, VirtualBox n’étant pas pris en charge — ou s’installe directement sur un serveur. Tout le reste passe par le navigateur : dessin de la topologie, consoles des équipements, capture Wireshark. Il faut un processeur avec la virtualisation matérielle activée, et l’éditeur donne 8 Go de mémoire comme minimum pour un poste.
Le lab monté récemment fonctionne ainsi : chaque étudiant fait tourner EVE-NG chez lui, sur sa propre machine. Pour l’objectif visé, c’est satisfaisant — chacun dispose de son lab, le manipule à son rythme et le garde après la session. C’est aussi le cadre prévu par l’édition gratuite.
Car le paysage a changé en juin 2026. L’édition Community, celle que la plupart des tutoriels décrivent encore, est marquée End of Support & End of Life sur le site de l’éditeur : elle se télécharge toujours et fonctionne, mais sans correctifs. La version 7 la remplace par une édition Freemium, plafonnée à 7 nœuds par instance et réservée à l’apprentissage personnel et à l’usage non commercial (le comparatif des éditions détaille les limites). Une machine par étudiant y entre ; un lab partagé pour une session vendue, non.
C’est le rôle de l’édition commerciale, à partir de 150 euros : jusqu’à 1024 nœuds par lab, installée sur un serveur que le formateur prépare une fois pour tout le groupe. Le stagiaire ouvre alors une URL et n’installe rien — la déclinaison à rôles multiples ajoute des comptes formateur et stagiaire distincts.
Côté ressources, EVE-NG publie une bibliothèque de labs partagés, prêts à
importer au format .zip, classés par technologie (OSPF, EIGRP, QoS…),
certains avec leur cahier d’exercices. Ils sont construits sur l’édition
commerciale. En revanche, aucune image d’équipement propriétaire n’est
fournie : chaque image Cisco, Juniper ou Fortinet s’obtient sous
licence auprès de son éditeur.
GNS3 : le libre historique, sur Windows, macOS et Linux
GNS3 est un logiciel libre sous licence GPL v3, gratuit et sans limite de nœuds. Le client graphique s’installe sous Windows, macOS et Linux. Les équipements tournent dans un serveur — le plus souvent la GNS3 VM, une machine virtuelle Ubuntu qui exécute QEMU, Dynamips et Docker. Sous Windows et macOS, elle devient indispensable dès qu’on utilise des images comme IOSv ou ASAv ; sous Linux, le serveur peut tourner directement sur le poste.

GNS3 1.3 sous Debian, console d’un routeur ouverte sur sa table de routage. Capture : Amitie 10g, GPL v3, via Wikimedia Commons.
C’est l’outil le plus documenté en français, et celui que beaucoup de stagiaires ont déjà croisé en BTS SIO ou en licence. Côté ressources, sa place de marché propose des appliances : des modèles d’équipements aux réglages testés, qui s’importent en quelques clics. Les images propriétaires restent à fournir, comme pour EVE-NG. La contrepartie en formation tient à l’installation : client plus machine virtuelle sur chaque poste, et sur un parc d’école verrouillé ou des portables hétérogènes, la première demi-journée peut y passer.
Containerlab : la topologie tient dans un fichier
Containerlab prend le problème par l’autre bout. Un fichier YAML décrit les
nœuds et les liens, une commande (containerlab deploy) déploie le lab en
conteneurs, une autre le détruit. Le projet est libre, sous licence BSD
3-clauses, et entièrement gratuit : pas d’édition payante, pas de
plafond de nœuds — la seule limite est la mémoire de la machine. Lancé par
des ingénieurs de Nokia, il reste ouvert aux autres constructeurs :
FRRouting, VyOS et Nokia SR Linux se récupèrent directement depuis les
registres publics, sans compte ni licence.
Voici, simplifié, l’exemple frr01 livré avec l’outil : trois
routeurs FRRouting en anneau.
name: frr01
topology:
groups:
routers:
kind: frr
image: quay.io/frrouting/frr:containerlab-10.7.1
nodes:
router1: { group: routers, startup-config: router1/frr.conf }
router2: { group: routers, startup-config: router2/frr.conf }
router3: { group: routers, startup-config: router3/frr.conf }
links:
- endpoints: ["router1:eth1", "router2:eth1"]
- endpoints: ["router1:eth2", "router3:eth1"]
- endpoints: ["router2:eth2", "router3:eth2"]
Il tourne sous Linux, et sous Windows par WSL. Des exemples de labs sont installés avec l’outil, et un catalogue communautaire recense les topologies partagées par d’autres. La surcouche netlab va plus loin : elle génère la topologie et la configuration des protocoles à partir d’une description plus abstraite.
Pour un formateur, l’intérêt tient au fichier : il se versionne dans Git, se distribue avec les supports, et remet chaque stagiaire exactement dans le même état en quelques secondes. Son extension VS Code ajoute TopoViewer, qui dessine et modifie la topologie à la souris, mais le lab reste un fichier et un conteneur : un stagiaire qui n’a jamais ouvert un terminal y perd pied plus vite que dans EVE-NG. Containerlab est omniprésent dans les contenus anglophones sur les labs réseau, et presque absent des ressources en français.
Docker Compose : ce qui a servi pour la QoS
La maquette de la formation QoS réseaux est un Docker Compose : des conteneurs Linux reliés par des réseaux Docker, sur lesquels on dégrade volontairement un lien — latence, gigue, pertes — avant d’appliquer une politique et de mesurer l’écart. Pour la qualité de service, c’est suffisant : le sujet est le comportement du trafic, pas la syntaxe d’un constructeur.
Ça a bien fonctionné, à une condition : que les stagiaires sachent déjà
se servir de Docker. Un groupe qui découvre docker compose up passe son
énergie sur l’outil au lieu du réseau, et chaque conteneur qui refuse de
démarrer se diagnostique avant le premier ping. Containerlab garde
l’essentiel de cette approche avec un vocabulaire réseau — des nœuds et des
liens plutôt que des services et des volumes.
Les autres pistes : Kathará, Packet Tracer, CML Free
- Kathará, développé à l’université Roma Tre et successeur de Netkit, émule chaque équipement dans un conteneur Docker. Libre sous GPL v3, gratuit, il tourne sous Linux, Windows et macOS, et a été pensé dès l’origine pour l’enseignement.
- Cisco Packet Tracer est gratuit avec un compte Cisco Networking Academy, mais propriétaire, et c’est un simulateur : il reproduit le comportement d’IOS sans l’exécuter. Suffisant pour les bases, trop court dès qu’on veut observer le trafic réel.
- Cisco Modeling Labs Free exécute de vraies images Cisco, gratuitement et sans limite de durée, mais limite le lab à 5 nœuds actifs — les commutateurs non administrés et les connecteurs externes ne comptent pas. C’est aussi la voie légale la plus simple pour disposer d’images Cisco.
Quel lab réseau choisir pour une formation
| Outil | Licence et coût | Où il tourne | Ressources |
|---|---|---|---|
| EVE-NG Freemium | propriétaire, gratuite, 7 nœuds, usage non commercial | VM sur le poste de chaque stagiaire | bibliothèque de labs à importer |
| EVE-NG commercial | propriétaire, dès 150 € | serveur partagé, accès par navigateur | idem, 1024 nœuds par lab |
| GNS3 | GPL v3, gratuit | client Windows, macOS, Linux + GNS3 VM | place de marché d’appliances |
| Containerlab | BSD, gratuit | Linux, ou Windows par WSL | exemples fournis, catalogue communautaire |
| Kathará | GPL v3, gratuit | Linux, Windows, macOS, avec Docker | — |
| CML Free | propriétaire, gratuite, 5 nœuds | VM sur le poste | vraies images Cisco incluses |
Le public décide plus que l’outil. Quand chaque stagiaire peut faire tourner une machine virtuelle chez lui, EVE-NG Freemium donne à chacun son lab, qu’il garde après la session. Quand les postes ne s’y prêtent pas, un serveur EVE-NG commercial accessible par navigateur évite la demi-journée d’installation. Pour un groupe d’administrateurs à l’aise en ligne de commande, Containerlab livre un lab reproductible, sans licence à gérer. GNS3 reste la voie libre et graphique quand chaque poste peut l’accueillir.
Le lab se choisit en même temps que le programme : c’est une partie du travail de formateur réseaux, qu’il s’agisse de qualité de service ou de sécurité du SI, où le même réseau sert de terrain à l’attaquant. Si vous préparez une session, on peut en parler.
Questions fréquentes
Ce qu'on me demande sur ce sujet
- EVE-NG est-il encore gratuit ?
- En partie. L'édition Community d'EVE-NG est déclarée en fin de support et de vie depuis juin 2026 : elle reste téléchargeable mais ne reçoit plus de correctifs. La version 7 la remplace par une édition Freemium gratuite, limitée à 7 nœuds par instance et réservée à un usage personnel et non commercial. Au-delà, l'édition payante démarre à 150 euros.
- Quelle différence entre EVE-NG et GNS3 ?
- EVE-NG est une machine virtuelle (ou une installation directe sur un serveur) qui s'utilise depuis un navigateur : chaque stagiaire peut la faire tourner sur son poste avec l'édition Freemium, ou le formateur l'héberge pour tout le groupe avec l'édition payante. GNS3 est un logiciel libre sous licence GPL v3, gratuit sans limite de nœuds, dont le client graphique s'installe sous Windows, macOS ou Linux, avec une machine virtuelle — la GNS3 VM — pour faire tourner les équipements.
- Containerlab remplace-t-il EVE-NG ou GNS3 ?
- Containerlab, outil libre et gratuit sous licence BSD, lancé par des ingénieurs de Nokia, décrit la topologie d'un lab réseau dans un fichier YAML et la déploie en conteneurs, que l'on pilote en ligne de commande ou depuis son extension VS Code. Il s'adresse à ceux qui veulent versionner leur lab dans Git. Il remplace EVE-NG ou GNS3 quand les équipements existent en conteneur, pas quand le cours repose sur des images propriétaires de routeurs.
- Faut-il des images Cisco pour monter un lab réseau ?
- Non. FRRouting, VyOS ou Nokia SR Linux se récupèrent librement et suffisent pour enseigner le routage, le BGP ou la qualité de service. Les images Cisco ne sont pas fournies par EVE-NG ni par GNS3 : il faut les obtenir sous licence, par exemple via Cisco Modeling Labs, dont l'édition gratuite limite le lab à 5 nœuds actifs.
